Sept victoires en douze courses. Quatre pilotes différents sur le podium le plus haut. Trois RS-GP dans le top 3 du classement général. Les chiffres d’Aprilia en MotoGP 2026 ne laissent guère de place à l’interprétation : la marque de Noale est en train de vivre sa saison la plus aboutie de toute son histoire en catégorie reine. Et à l’heure où le paddock arrive à Aragon pour le Grand Prix du 29 et 30 août, la question n’est plus de savoir si Aprilia peut gagner — c’est de savoir qui peut les en empêcher.
Une révolution technique venue de KTM
Pour comprendre l’ampleur de ce qui se passe chez Aprilia en 2026, il faut remonter à l’hiver 2024-2025 et à l’arrivée de Fabiano Sterlacchini au poste de directeur technique. L’ingénieur italien, débauché de KTM, apporte avec lui une philosophie de développement radicalement différente : plutôt que de chercher la puissance brute, il travaille sur l’accessibilité de la machine et la cohérence de son comportement sur une large palette de conditions.
Le résultat est saisissant. Raul Fernandez, après sa victoire à Silverstone, résume la transformation en une formule : la RS-GP 2026 est devenue « super facile » à piloter. Ce qui peut sembler paradoxal dans une discipline où la difficulté des machines est souvent présentée comme un gage de performance est en réalité la clé du succès d’Aprilia cette saison. Quand une moto est prévisible et rassurante, davantage de pilotes peuvent en extraire le maximum, sur davantage de circuits, dans davantage de conditions météo.

Un recrutement XXL pour une ambition mondiale
Sterlacchini n’a pas travaillé seul. Aprilia a aussi réalisé un mercato hivernal de premier ordre, attirant deux des pilotes les plus en forme du plateau. Jorge Martin, champion du monde en titre, a quitté l’orbite Ducati pour rejoindre Noale. Marco Bezzecchi, auteur d’une montée en puissance régulière ces deux dernières saisons, a suivi. Avec Raul Fernandez et le rookie japonais Ai Ogura chez Trackhouse, la marque aligne désormais quatre pilotes capables de signer des résultats de premier plan.
La première partie de saison a illustré cette profondeur. Bezzecchi a réalisé cinq victoires consécutives en début de championnat, signant un Grand Chelem d’une constance rare. Puis Martin a pris le relais, grignotant des points avec la régularité qui fait sa marque de fabrique. Fernandez a ajouté sa propre victoire à Silverstone. Ogura, lui, a offert à Trackhouse et à Aprilia des statistiques historiques, devenant le premier pilote japonais à signer le meilleur tour en course sur une moto non-japonaise.
Aragon : le test Marquez
Si la domination d’Aprilia en 2026 souffre d’un bémol, c’est Marc Marquez. L’Espagnol de l’équipe Ducati officielle reste l’adversaire le plus dangereux de Martin au championnat, et il aborde Aragon avec une motivation supplémentaire : le MotorLand est son circuit de prédilection, celui où il a inscrit plusieurs de ses plus belles pages en MotoGP. Battre une Aprilia ici, sur ce tracé, avec le soutien du public espagnol, aurait une valeur sportive et symbolique considérable.
Pour Aprilia, l’enjeu est inverse. Confirmer leur suprématie sur un circuit où Marquez se sent historiquement chez lui enverrait un message clair à l’ensemble du plateau : cette domination n’est pas conjoncturelle, elle est structurelle.

Un duel à suivre de très près
Le GP d’Aragon 2026 s’annonce comme l’un des affrontements les plus nets de la saison entre deux projets, deux philosophies, deux machines. D’un côté, la RS-GP d’Aprilia et sa polyvalence multidrivers. De l’autre, la Desmosedici de Ducati et le talent brut de Marquez sur son circuit de chasse.
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