Marc et Alex Marquez en MotoGP
Crédits photos : MotoGP/Dorna

Analyse GP d’Allemagne

Marc Marquez a fait la différence au Sachsenring grâce à sa capacité à contourner les problèmes, cette fois en gérant avec brio le cycle extrêmement complexe « grip, glisse, grip, glisse » provoqué par le phénomène de chattering des pneus.

La marque de pneu arrière « Code Morse » montre le chattering de Marquez dans le premier virage lors du GP d’Allemagne de dimanche, Gareth Harford/Gold and Goose

Écoutez toujours ceux qui savent. Lorsque Cal Crutchlow, triple vainqueur en MotoGP, et Frankie Carchedi, chef d’équipe titré, affirmaient il y a quelques années que personne ne pourrait suivre Marc Marquez s’il pilotait une Ducati, ils savaient exactement de quoi ils parlaient.

À 32 ans, le pilote officiel Ducati affiche une forme impressionnante : quatre victoires en Grand Prix et quatre succès en sprint sur les quatre dernières manches, ce qui lui permet de compter 83 points d’avance sur son frère Alex à mi-saison et 75 % de points de plus que son coéquipier Pecco Bagnaia.

Depuis le début de l’année, il a mené 222 tours, soit 154 de plus que son plus proche rival, Alex. Et la victoire de dimanche – son 200ᵉ départ en catégorie reine – est aussi sa 69ᵉ, le plaçant devant Giacomo Agostini dans la liste des vainqueurs de tous les temps. Seul Valentino Rossi reste devant, avec 89 succès.

Personne n’a été surpris par la domination totale de Marquez sur le Sachsenring, ce circuit ultra technique tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, où il a décroché son 12ᵉ succès au GP d’Allemagne. Ces douze victoires : 2010 (125cc), 2011 et 2012 (Moto2), 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2021 et 2025 (MotoGP).

La bataille prématurée pour la 3ème place entre Acosta, Bezzecchi, Alex Marquez et Bagnaia. Seuls les 2 pilotes Ducati sont restés sur leur moto.
Dorna/MotoGP 

Ses victoires de samedi et dimanche ont été obtenues de façons diamétralement opposées : après un sprint mouvementé sous la pluie, il a reconnu avoir pris « trop de risques » en revenant d’une erreur au premier virage pour poursuivre Marco Bezzecchi (Aprilia).

Après cette course, il confiait : « Cette année, j’essaie de travailler davantage sur mes instincts », tout en admettant avoir échoué ce jour-là, pour arracher trois points supplémentaires à peine significatifs. Son instinct fougueux reste maître de sa poignée de gaz.

Dimanche, il s’est imposé avec 6,4 secondes d’avance, sans même avoir à puiser dans sa « limite supplémentaire », laissant ainsi son côté téméraire au repos.

La domination actuelle de Marquez ne suscite peut-être pas le même frisson que ses victoires arrachées de haute lutte chez Honda, mais nous assistons à un moment historique : ce qu’il accomplit – dominer la catégorie la plus exigeante du monde après trois ans d’enfer et de blessures – n’a jamais été fait auparavant.

Marquez bénéficie sans doute aujourd’hui de la meilleure moto du plateau – ou presque, car la GP24 reste plus docile à piloter – mais cela ne signifie pas qu’il ait la vie facile.

La photo ci-dessus – signée du talentueux Gareth Harford (Gold and Goose) – illustre comment Marquez parvient à dompter des problèmes qui perturbent d’autres pilotes Ducati GP25, comme Bagnaia et Fabio Di Giannantonio, ainsi que de nombreux autres concurrents.

Le pneu arrière slick ultra adhérent de Michelin, introduit début 2024, peut provoquer des vibrations et un phénomène de chatter, dus à une désynchronisation harmonique entre le pneu et la moto.

Sur la photo, on distingue les traces caractéristiques en « code Morse » laissées par le pneu arrière de Marquez, qui passe par un cycle d’adhérence et de glisse, rebondissant littéralement de quelques millimètres au-dessus du bitume.

Le chatter apparaît et disparaît, comme des poux dans une cour d’école. C’est un mal technique difficile à éradiquer, qui réduit drastiquement l’adhérence car le pneu n’est en contact avec l’asphalte que par intermittence. Un véritable casse-tête pour pilotes et ingénieurs.

« Aux États-Unis, on appelle ça un ‘marteau-piqueur’ », racontait Colin Edwards, double champion du monde Superbike. « Avoir du chatter, c’est comme attraper la syphilis : ça te ronge l’esprit toute la journée ! »

Le chatter est une plaie pour les ingénieurs : il apparaît avec certains composés de pneus et pas d’autres, sur certains circuits mais pas tous, dans des conditions très spécifiques… Parfois même avec des pneus neufs ou usés.

Ducati a su mieux que ses concurrents atténuer ces vibrations à l’arrière et exploiter au maximum le potentiel du pneu actuel, ce qui explique en partie sa domination depuis début 2024.

Comme d’autres constructeurs, la marque de Bologne a développé des suspensions spécifiques pour traiter le problème, mais ces solutions se font souvent au détriment de l’adhérence, facilitant certes le travail du pilote, mais allongeant les temps au tour.

Marquez a testé ces réglages à plusieurs reprises, mais il a toujours la même réponse pour ses ingénieurs : « Revenez à mes réglages habituels. Donnez-moi de l’adhérence, je m’occuperai du chatter. »

Comment parvient-il à le maîtriser ? Mystère. Mais il s’agit sans doute d’un savant mélange d’accélérateur, de freins, de positionnement du corps, ajustant en permanence les charges avant et arrière pour garder sa vitesse sans tomber.

Il donne l’impression de se balader, mais la réalité est tout autre.

Le seul pilote qui a – brièvement – semblé en mesure de suivre Marquez au Sachsenring est Di Giannantonio, qui l’avait déjà observé de près lors des séances du vendredi pour apprendre du « roi du Ring ».

« C’est toujours difficile de comprendre ce qu’il fait avec ses mains et ses pieds », confiait l’Italien vendredi après-midi. « On ne perçoit que des différences de vitesse ou de position du corps, sans savoir exactement ce qu’il fait. J’ai tout tenté pour l’imiter et apprendre du meilleur. Dans n’importe quel domaine, c’est ainsi : quand quelqu’un est meilleur que toi, tu l’étudies et tu essaies de le copier. »

Di Giannantonio a terminé troisième lors du sprint. Dimanche, il fut le premier à chuter au très piégeux virage 1 alors qu’il occupait la deuxième place.

« Marc était simplement un peu plus précis dans ses trajectoires », expliquait-il. « Nous avions la même vitesse dans beaucoup de virages, mais sur les tours où j’étais avec lui, je sortais parfois un mètre trop large, ou un demi-mètre, alors que lui non. Il gagnait un dixième ici, un dixième là. Quand j’étais derrière, je tentais d’être très fluide et précis avec les gaz pour éviter de faire patiner la roue arrière. Mais j’avais quelques mouvements parasites et un peu de pompage, tandis que lui non, et il bénéficiait d’une meilleure accélération. »

Marquez a expliqué plus tard qu’il restait « parfait au centimètre près » parce qu’il pilotait sans jamais dépasser sa limite.

Ce ne fut pas le cas des sept pilotes qui la franchirent en tentant de le rattraper : Di Giannantonio, Bezzecchi, Pedro Acosta, Johann Zarco, Ai Ogura, Miguel Oliveira et Lorenzo Savadori (chuteur à deux reprises). Joan Mir a également fini à terre, fauché par Ogura. Heureusement, aucun n’a été blessé.

La plupart des chutes sont survenues au virage 1, un lent droit très traître. Un enchaînement de facteurs – cambrure négative, vent arrière, température fraîche, manque de gomme après la pluie de samedi, et le côté droit des pneus refroidi depuis le virage 11 – a fait qu’il ne restait que dix pilotes à l’arrivée. Un record de faible affluence depuis le GP d’Australie 2011.

Marquez a traversé ce chaos avec maîtrise, en gérant les drapeaux jaunes et les commissaires courant dans les graviers du virage 1.

Ceux qui pensent que piloter une MotoGP est devenu trop facile devraient noter que trois pilotes n’ont même pas pris le départ dimanche, blessés : Maverick Viñales (épaule disloquée et fracturée en qualifications), Franky Morbidelli (high-side à haute vitesse dans le sprint) et Jorge Martin (encore convalescent après sa lourde chute au GP du Qatar).

La course a donc démarré avec la plus petite grille depuis l’Argentine 2023, première année du format sprint.

Alex Marquez n’était pas non plus au meilleur de sa forme le week-end dernier : il a terminé deuxième avec un doigt fracturé suite à un accrochage avec Acosta à Assen.

Bagnaia a complété le podium mais affichait une grande frustration. Vendredi, le double champion MotoGP 2022-2023 avait tenté les châssis testés à Sepang et Misano pour résoudre ses problèmes, avant de revenir à ses réglages standards, sans progrès notable.

Fabio Quartararo (Yamaha) a signé sa meilleure performance de l’année avec une 4ᵉ place, mais il restait amer : 18 secondes derrière Marquez, soit six dixièmes par tour sur le plus court circuit du MotoGP. Un mince espoir subsiste pour lui : il espère tester la toute nouvelle Yamaha V4 lors des essais de septembre à Misano.

Le rookie Fermín Aldeguer s’est classé juste derrière Quartararo, loin devant le quatuor en lutte pour la 6ᵉ place : Luca Marini (revenu après de graves blessures aux 8 Heures de Suzuka), Brad Binder, Jack Miller et Raul Fernandez.

La 6ᵉ place est un bon résultat pour ce groupe, mais aucun top pilote ne peut se satisfaire de finir à 25 secondes du vainqueur. Comme le résumait Miller : « Être à 25 secondes de Marc… c’est un vrai calvaire. »

Miller, Marini et Binder se battant pour la 6ème place, finissant à 25 secondes du gagnant. “Un vrai calvaire” a dit Miller. 
Dorna/MotoGP

Texte original Mat Oxley