MotoGP : le point à mi-saison (7)

Le MotoGP observe sa traditionnelle pause estivale. L’occasion est idéale pour dresser le bilan des différentes équipes engagées avant une seconde moitié de championnat qui s’annonce décisive à plus d’un titre. Aujourd’hui retour sur les deux équipes Yamaha

MotoGP : Yamaha, le V4 ne suffit pas

Yamaha savait que 2026 serait une saison charnière. Après plusieurs années de retard technique, le constructeur d’Iwata s’est lancé dans un chantier majeur. Tournant le dos à des années de 4 cylindres en ligne il a introduit son tout nouveau moteur V4. Une révolution technique censée rapprocher la M1 des références de la catégorie. Pourtant, après une demi-saison, le constat est loin d’être à la hauteur des attentes.

Si les chronos démontrent un léger gain de performances pures, le comportement général de la machine n’a finalement que très peu évolué. Pire il s’est même dégradé à en croire les commentaires des pilotes. La Yamaha conserve les mêmes défauts qui la pénalisent depuis plusieurs saisons. Tantôt capable de signer un excellent tour lancé, tantôt incapable d’offrir de la constance sur la durée d’une course. La M1 demeure imprévisible et difficile à exploiter. Le nouveau moteur n’a pas résolu les lacunes d’un châssis qui peine toujours à mettre les pneumatiques dans leur fenêtre de fonctionnement idéale.

Dans ces conditions, cette dernière campagne disputée avec les moteurs 1000 cm³, ressemble davantage à une gigantesque séance de préparation avant la révolution réglementaire de 2027 et le retour aux 850 cm³. Yamaha accumule les données, multiplie les essais et semble déjà regarder vers l’avenir plus que vers les résultats immédiats. Frustrant

Quartararo l’arbre qui cache la foret

Au milieu de cette période compliquée, un homme continue malgré tout à faire illusion. Fabio Quartararo. est une nouvelle fois le seul pilote capable de performer avec la M1. Par son talent, son engagement et sa capacité à dépasser les limites de sa machine, il sauve régulièrement les apparences. Clairement Yamaha traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire récente en MotoGP.

Mais les exploits individuels ne suffisent plus à masquer la frustration grandissante du pilote français. Après plusieurs saisons passées à attendre un véritable redressement sportif, sa patience arrive à son terme. Si l’on ajoute les divergences avec la nouvelle direction sportive, son départ n’est pas une surprise. Comme il l’a souvent dit Fabio a été très patient et il n’a plus le temps d’attendre. Voilà pourquoi il s’est décidé à quitter le giron Yamaha après 8 saisons. Il rejoint Honda pour faire face à un nouveau challenge en espérant que cette redistribution des cartes lui sera favorable

À l’inverse, Alex Rins poursuit son interminable descente aux enfers. Handicapé par des blessures récurrentes, l’Espagnol n’a jamais retrouvé le niveau qui faisait de lui un vainqueur en MotoGP. Incapable de suivre le rythme de son équipier et rarement en mesure de jouer les premiers rôles, il se rapproche de la sortie à grands pas. Pour 2027 il fait partie des pilotes qui n’ont aucune proposition, même en Superbike.

Reste désormais à savoir si Yamaha sera capable de transformer les nombreux enseignements récoltés lors de cette première moitié de saison en véritables progrès. Les prochains Grands Prix permettront de mesurer si le projet V4 peut enfin franchir un cap. Faute de quoi le constructeur japonais devra définitivement concentrer tous ses efforts sur la grande révolution technique de 2027.

MotoGP : Pramac, les espoirs déçus

L’arrivée de Pramac dans le giron Yamaha devait symboliser le renouveau du constructeur japonais. Après avoir décroché le titre mondial par équipes avec Ducati, la structure italienne s’attendait à poursuivre sa dynamique en participant activement au développement de la nouvelle M1. La réalité est toutefois bien différente.

Comme l’équipe officielle, Pramac dispose du même matériel et se retrouve confrontée aux mêmes limites techniques. Faute d’une moto suffisamment compétitive, les ambitions affichées durant l’hiver se sont rapidement transformées en une longue succession de week-ends difficiles. Un contraste saisissant pour une équipe qui, l’an passé encore, se battait encore régulièrement pour les podiums et les victoires.

Toprak attend les Pirelli

L’arrivée de Toprak Razgatlioglu constituait pourtant l’une des grandes attractions de la saison. Triple champion du monde Superbike, le pilote turc suscitait énormément d’attentes pour son passage en MotoGP. Trop peut être pour les non initiés. Cette première moitié de championnat a cependant rappelé toute la difficulté de réussir une telle transition. Son adaptation reste compliquée, notamment dans la compréhension et l’exploitation du pneu avant Michelin. Là où il excellait avec les PIrelli en Superbike, Razgatlioglu peine à trouver les sensations nécessaires en MotoGP. A défaut de persévérer à construire une relation de confiance avec ces enveloppes, Toprak a laché l’affaire et attend 2027 pour retrouver les Pirelli.

À l’opposé, Jack Miller confirme une nouvelle fois son statut de pilote capable de transcender les limites de sa machine. Performant lors des essais et parfois en mesure de rivaliser avec Fabio Quartararo sur certains circuits, l’Australien est apparu comme le deuxième homme fort de Yamaha. Son expérience lui permettent d’exploiter une partie du potentiel de la M1, même si cela reste insuffisant pour viser les avant-postes de façon régulière.

Ces performances n’auront toutefois pas suffi à assurer son avenir au sein du projet MotoGP de Yamaha. Jack Miller va céder son guidon à l’issue de la saison. Il a trouvé refuge en Championnat du monde Superbike, pour le compte de Yamaha. Ses performances lors des 8 Heures de Suzuka ont certainement pesé dans la balance.

Pour Pramac comme pour l’équipe officielle, la deuxième partie de saison aura donc avant tout valeur de laboratoire. Plus que les résultats bruts, c’est la capacité à faire progresser une M1 encore loin des meilleures qui déterminera si Yamaha peut envisager 2027 avec de réelles ambitions de retour au sommet.